Imaginez que vous avez 20 ans. Vous êtes fraîchement diplômé d’une université où l’on vous a confirmé ce que vos parents disent de vous depuis que vous êtes tout-petit: tu es le meilleur!

Plusieurs entreprises déroulent le tapis rouge pour vous embaucher. Vous acceptez donc un poste à la hauteur de votre talent: planificateur de production pour le plus gros imprimeur commercial au Québec.

À l’entrevue, j’étais super excité. À la première journée, j’étais terrifié. Après la tournée des bureaux, le directeur des ressources humaines me fait visiter l’usine: 6 presses rotatives grosses comme un gymnase d’école, un entrepôt de papier gros comme un Costco, 500 employés… c’est BIG!

Le directeur me rappelle que nous sommes dans les ligues majeures: l’usine fonctionne 24 heures par jour, 365 jours par année et ça coûte 1000 $ de l’heure lorsqu’une presse est arrêtée. Mon travail: s’assurer qu’elles ne s’arrêtent jamais. Je devrai donc porter une pagette pour être joignable en tout temps.

On entre ensuite dans un petit bureau grand comme une salle de bain pour me présenter au contremaître, un gros barbu à l’air bête assis à son bureau. Plutôt que de se lever pour me serrer la main, le contremaître me regarde puis éclate de rire. À la sortie du bureau, le directeur m’explique que le contremaître a un sens de l’humour un peu spécial. Vraiment?!? Merci de le souligner, je n’avais pas remarqué…

C’est à ce moment qu’un doute s’installe. Je ne connais rien à l’imprimerie, les presses impriment en couleurs et je suis daltonien… Ai-je vraiment pris la bonne décision? Est-ce que la belle image projetée par l’entreprise tout au long du processus de recrutement est un reflet de la réalité? Devrais-je rappeler l’autre employeur à qui je viens tout juste décliner l’offre pour leur dire que j’ai changé d’idée?

Je suis finalement resté 8 ans durant lesquelles j’ai occupé 6 postes dans 5 ateliers différents. On m’a effectivement appelé souvent sur ma pagette en pleine nuit. On m’a fait travaillé de soir et de nuit. On m’a fait déménager 4 fois. Alors, pourquoi rester?

Ce n’est surtout pas à cause de l’accueil du sympathique contremaître qui a failli faire tout dérailler et ce n’est pas non plus à cause du salaire.

En fait, c’est tout le processus d’intégration qui a fait la différence. J’ai eu droit à de nombreuses formations à l’interne. On m’a invité à l’assemblée annuelle des actionnaires. J’ai dîné avec le président et on m’a confié des mandats spéciaux et de grandes responsabilités.

La morale de l’histoire? Si vous voulez mobiliser et fidéliser vos employés, ces derniers doivent sentir que vous avez un plan pour les développer à court et moyen termes. Ça n’a pas besoin d’être lourd et compliqué, mais simplement structuré. Mettez-vous dans la peau d’une recrue et revivez votre première fois dans votre entreprise. Ne laissez pas l’accueil et l’intégration bousiller tous vos efforts de recrutement.

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